Le rôle social de l’officier, Lyautey

Temps de lecture : 4 minutes

Cet ouvrage, assez court, reprend un article de l’auteur paru en 1891 dans « la revue des deux mondes », revue mensuelle littéraire. Il a été écrit dans le contexte de la mise en place d’un service militaire universel de 40 mois, rassemblant pour chaque classe d’âge, tous les hommes sans exception quelle que soit leur situation sociale ou financière (ce qui n’était alors pas le cas par le jeu d’un système de dispenses). L’auteur, officier de cavalerie, voit donc dans cette nouvelle organisation une opportunité unique de délivrer un enseignement qui dépasse la simple éducation technique militaire du futur défenseur de la nation. L’officier, au centre de ce nouveau modèle d’éducation, se voit ainsi confié les esprits de toute la nation, avec la mission implicite de les former convenablement. C’est là tout le propos de Lyautey, qui profite de l’occasion pour relever les défauts et travers de ses camarades, et leur présente son approche du rôle de l’officier.

 

Le contexte de l’écriture du livre

En 1891 la France s’installe dans une période de relative stabilité internationale, 20 ans après une défaite mal digérée face aux prussiens. Cette dernière a néanmoins permis une remise en cause globale de l’outil militaire et une amélioration de la formation des officiers, notamment par la création de l’école de guerre en 1875. Le contexte international apaisé porte à croire « qu’il n’y aurait pas de guerre, personne n’en voulant, qu’on pouvait s’endormir, fermer les yeux sur les innombrables lacunes de notre organisation » (Lyautey, 1911).

 

Le service militaire et le rôle social de l’officier

L’horizon de la prochaine guerre s’éloignant dans les esprits, il devint ainsi plus naturel de percevoir ce nouveau service militaire (réduit de 5 ans à 40 mois mais touchant un plus large public car sans dispense) comme une œuvre d’éducation humaine et sociale plutôt qu’une longue formation technique au métier des armes. Lyautey défend cette approche, qu’il a lui-même pratiqué dans le développement des unités et des hommes sous son commandement. Il s’applique en effet à instaurer un climat de bienveillance et à entretenir des liens professionnels et humains positifs entre les officiers et la troupe. 

Cette notion de cohésion sociale existait déjà dans les autres corps professionnels. Néanmoins, la relation entre l’officier et ses hommes se place sur un plan différent de celle du patron avec ses ouvriers. En effet, d’un point de vue caricatural, le patron a pour objectif d’obtenir le maximum de ses ouvriers pour le minimum d’investissement, dans une relation principalement économique qui provoque par réaction la résistance des derniers. Même si cette distance professionnelle existe dans le milieu militaire, elle s’exprime in fine dans un environnement global, souvent trouble et hostile, et dont la maîtrise, ou du moins l’appréhension, nécessite invariablement la cohésion entière du groupe, de l’officier jusqu’au soldat. Ces facteurs expliquent le rôle originel du service militaire et les ambitions de l’auteur d’utiliser cet outil pour développer les valeurs morales, la cohésion du groupe et le sens de l’action, par l’exemplarité, la réciprocité des liens humains et la considération mutuelle. Ainsi s’illustre la promotion de l’officier en tant qu’éducateur social.

 

 

 

Que peut-on en tirer aujourd’hui ?

Le contexte a bien changé depuis 1891. Le service militaire a aujourd’hui disparu, et on ne saurait que se féliciter de la disparition des grandes guerres qui ont saigné l’Europe et le monde durant les derniers centenaires. Cependant, le message de l’ouvrage reste éminemment actuel.

Sous l’apparence d’une formation purement martiale, le service militaire a toujours possédé un objectif d’éducation des individus sur un plan national, civique ou tout simplement collectif. Comme tous les bienfaits dont on ne constate l’importance qu’une fois disparus, il est intéressant de voir qu’il tente aujourd’hui de se réinventer dans un service national universel, obligatoire à terme. Ses justifications sont entre autres de promouvoir la notion d’engagement et favoriser un sentiment d’unité nationale autour de valeurs communes. 

De plus, paradoxalement, alors que nous vivons une période de paix et de développement humain considérables depuis le milieu du siècle dernier, les individus n’ont jamais paru aussi déprimés dans leur occupation professionnelle. En effet, sans développer cet aspect sociologique, il n’a jamais été autant question de bien-être au travail. Est-ce dû à la standardisation des emplois, au développement des indicateurs et de la dictature des chiffres ou à l’individualisation croissante de la société ? Quelle qu’en soient les causes, les constats convergent vers une déshumanisation du monde professionnel.

De ce fait, le message développé dans l’article de Lyautey parait toujours d’actualité. Le milieu militaire garde et cultive ce caractère de dépassement de soi dans le groupe, de mission commune et transcendante dans laquelle tous s’investissent, quel que soit son grade ou son origine sociale. Sans surprise, dans les institutions militaires et dans certains services publics (qui cependant cèdent plus facilement à la dictature de l’efficience), ces qualités traversent les époques, car elles sont garantes de la réussite collective, et gardiennes du sens de l’action et de la cohésion du groupe. A rebours d’une vision économique cherchant à développer des motivations individuelles pour maximiser la création de valeur collective, le chef fédère les esprits autour de l’objectif collectif qui suscite et transcende la combinaison des actions personnelles. La différence entre ces deux visions passe par une considération de la nature sociale de l’être humain, qui s’épanouit par une réalisation commune plus que par la consécration de son individualisme.

Certains cadres se reconnaitront peut-être dans cet extrait du livre, qui présente l’officier sous un angle toujours très contemporain : « Et pourtant, il est le seul à qui l’on ne songe pas […] C’est peut-être la vieille prévention des hommes de pensée contre les gens d’épée, disons même contre tous ceux qui pratiquent l’action physique, puisque, depuis l’antiquité, le sens de l’équilibre rationnel entre le développement du corps et celui de l’esprit s’était perdu. »

L’officier et le message qu’il inspire dans l’ouvrage représentent-ils ce chaînon manquant dont les valeurs et l’esprit rassemblent les différentes couches de la société quelles que soient les origines, le niveau de vie ou l’activité professionnelle ?

Cet ouvrage reste donc une source d’inspiration toujours très contemporaine : en bref, développons des chefs au-delà des managers.

 

Vous pouvez trouvez l’ouvrage ici.

 

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